Sur l'évolution de mes recherches


Sommaire

  1. La période 1964-1979
    Invalidation de deux théorèmes d'impossibilité (von Neumann, Wigner) et refus du théorème de non localité de Bell
  2. La période 1984-1994
    Critiques et constructions parcellaires concernant la mécanique quantique, les probabilités et la théorie des communications,
    et impliquant des traits épistémologiques
  3. La Méthode de Conceptualisation Relativisée (MCR)
  4. L'Infra-[Mécanique Quantique] (IMQ)
  5. Perspective
  6. Le Centre pour la Synthèse d'une Epistémologie Formalisée (CeSEF) et l'Association pour le développement de MCR (adMCR)
  7. Un espoir et une déclaration de foi

Mioara Mugur-Schächter
20 juin 2009, Neuilly-sur-Seine, France


Dès mes premiers contacts avec la mécanique quantique, en tant qu'étudiante, j'ai été fortement intéressée par cette théorie, par le caractère singulier de sa formulation mathématique, par les significations cryptiques que l'on devine être incorporées à cette formulation et par les problèmes d'interprétation que cette théorie soulève depuis sa naissance même.

La période 1964-1979
Invalidation de deux théorèmes d'impossibilité (von Neumann, Wigner) et
refus du théorème de non localité de Bell.


Ma thèse de physique théorique a été élaborée sous la direction de Louis de Broglie. Elle s'intitule Etude du caractère complet de la mécanique quantique. Cette thèse, publiée en 1964 chez Gauthiers Villars dans la collection Les grands problèmes des sciences avec une préface de Louis de Broglie (1) [1], contient la première invalidation prouvée - et à ce jour la plus élaborée - du fameux théorème de von Neumann [2] selon lequel une théorie des microétats "plus complète" que la mécanique quantique et compatible avec celle-ci, serait à jamais impossible. Ce théorème était regardé comme l'institutionnalisation du fameux "problème d'impossibilité de paramètres cachés".

Je signale que ma thèse - dont le caractère dominant est de nature logique - contenait déjà aussi des analyses épistémologiques qui mettaient le formalisme quantique en relation avec les processus humains de conceptualisation impliqués dans l'expression mathématique d'une théorie d'un domaine de faits physiques.

Après la soutenance de ma Thèse mes recherches sur les fondements de la mécanique quantique ont continué à l'Université de Reims où - en qualité de professeur de théories physiques - j'ai fondé en 1971 le Laboratoire de Mécanique Quantique et Structures de l'Information que j'ai dirigé jusqu'en 1997. Ces recherches m'ont conduite à approfondir la théorie des mesures quantiques : Comment arrive-t-on à "mesurer" des grandeurs assignées à des entités microscopiques - des états de microsystèmes (ou microétats) - que l'on ne peut pas percevoir et qui en outre sont essentiellement instables selon la définition même du concept de microétat [3] ? Comment, à l'aide de quelle stratégie cognitive, à l'aide de quelles opérations physiques associées à quelle organisation de concepts-appareils-opérations-codages, arrive-t-on à construire une structure de connaissances concernant des microétats, qui puisse conduire à des prévisions d'une précision aussi impensable que celles qu'offre le formalisme quantique?

Ces questions m'ont naturellement conduite vers la théorie des probabilités et vers la théorie des communications d'informations de Shannon. Ainsi [(mécanique quantique)+(théorie des probabilités)+(théorie des communications d'informations)] ont bientôt constitué dans mon esprit un seul tout où je cherchais à expliciter une cohérence à la fois logique et épistémologique.

Parmi les travaux publiés au cours de la période qui a suivi la publication de ma thèse, je ne mentionne ici que ceux ((2), (3)) qui établissent une deuxième invalidation importante, celle du théorème de E.P. Wigner [4] selon lequel il ne serait pas possible de construire une probabilité conjointe d'une valeur de position et d'une valeur de quantité de mouvement assignées à un microétat, qui soit compatible avec le formalisme quantique. Ces deux travaux (surtout le premier) contiennent à nouveau des analyses où le formalisme quantique est mis en relation explicite avec les actions opérationnelles-conceptuelles qui sont impliquées.

Malgré la réalisation de cette deuxième invalidation, la période qui a suivi ma thèse m'apparaît rétroactivement comme très lente et laborieuse, comme entachée d'une nuance d'impotence. Je ne réussissais pas à expliciter la stratégie cognitive qui se trouve nécessairement incorporée dans le formalisme quantique, puisque celui-ci est performant (je postulais cela). Corrélativement, je n'arrivais pas non plus à véritablement comprendre le statut conceptuel de cette mécanique quantique que pourtant je connaissais déjà à fond et que j'enseignais : en quel sens, exactement, "décrit"-elle des microétats? Je ne savais même pas clairement ce que je cherchais, ce qu'il aurait fallu avoir trouvé pour dire que j'ai compris cette théorie; lorsque cette question surgissait dans mon esprit, ce qu'elle y produisait en tant que réponse n'était qu'une place obscure où tremblaient mollement des contours fuyants et flous.

Cette longue période opaque n'a pris fin qu'en juin 1979. Elle a pris fin brusquement, de la manière suivante. A l'occasion du centenaire de la naissance d'Einstein j'ai été invitée à exposer ma vue concernant le théorème de non-localité de Bell, dans le cadre d'une Table Ronde organisée au Collège de France. Chaque participant disposait de 20 minutes d'exposé. J'ai écrit les 14 pages de mon intervention (4) d'un seul trait et en un seul jour.

Or ce bref texte s'est avéré être une formulation de l'essence d'un programme que, depuis, je n'ai jamais cessé de développer. Les questionnements formés au cours des 15 années qui avaient suivi ma thèse, avaient subi lors de la rédaction de ce texte un processus quasi instantané de précipitation en un ensemble de refus et de problèmes clairement énoncés. J'y montrais comment, dans cette question de "localité" qui à l'époque secouait l'entière communauté des physiciens, les sens des mots étaient mal contrôlés et prêtaient à une foule de confusions qui s'opposaient à une adhésion décidée à la conclusion du théorème de Bell, même si la preuve mathématique semblait ne pas être critiquable. Et je mettais en évidence une nécessité qui déjà me paraissait urgente, d'atteindre la zone encore très obscure où les racines de la logique et celles des probabilités doivent s'unir en certains traits épistémologiques encore inconnus mais très fondamentaux qui, implicitement, gouvernent sans doute l'organisation de la strate primordiale des savoirs humains; donc aussi, en particulier, l'organisation du type de savoirs contenu dans le formalisme quantique.

Haut de page

La période 1984-1994
Critiques et constructions parcellaires concernant
la mécanique quantique, les probabilités et la théorie des communications,
et impliquant des traits épistémologiques


à partir de 1979 le substrat de mes travaux fut investi par des questions à caractère résolument épistémologique: à quels principes ou règles implicites commandant les processus de construction de connaissances obéissent les formalismes de la mécanique quantique fondamentale, dans la théorie des probabilités, de la théorie des communications d'informations? Ces principes ou règles pourraient-ils être explicités et normés?

Bien entendu, les structures mathématiques que j'avais appris à connaître ont continué à jouer un rôle majeur, de référence, d'orientation, et même d'objet d'éventuelle novation. Mais mon but majeur devenait épistémologique; épistémologique et constructif-normatif-unifiant.

J'avais cessé d'être intéressée par l'invalidation ponctuelle de telle ou telle démonstration particulière. La nature et l'extension de mon objectif avaient muté. Via le traitement de problèmes particuliers, je recherchais désormais à structurer "une façon explicite et générale de conceptualiser " qui puisse exclure a priori, par construction, l'émergence de raisonnements qui par la suite prêtent le flanc à des invalidations ou s'égarent indéfiniment dans des labyrinthes conceptuels clos par des impasses.

Je recherchais un système de normes pour conceptualiser de manière libre mais protégée. Je cherchais à ériger un mode de conceptualisation doté d'une parfaite transparence qui permette de percevoir comment, lors de chaque pas de conceptualisation, peuvent s'insérer des germes d'ambiguïtés et comment l'installation de tout tel germe peut être prévenue de manière méthodologique afin de bannir par construction toute possibilité de développements fallacieux qui empêtreraient l'entendement dans de faux problèmes et des paradoxes.

Je voulais qu'en outre ces normes méthodologiques préventives exposées à tous les regards, permissent aussi de re-construire toute construction conceptuelle déjà accomplie qui, lorsqu'elle est analysée à la lumière de ces normes, apparaît comme viciée par l'insertion implicite de quelque germe de possibilité de développements fallacieux.

Evidemment, ce but complexe ne se formait lui-même que progressivement, par le traitement effectif de problèmes particuliers.

Les étapes révélatrices les plus importantes se sont accomplies à l'occasion de (a) la construction d'une "fonctionnelle d'opacité d'une statistique face à la loi de probabilité qui agit", (b) par l'explicitation de la structure d' "arbre de probabilité d'un microétat", (c) par la mise en évidence de la structure logique impliquée dans le formalisme quantique, et enfin (d) lors d'une représentation du formalisme de la mécanique quantique fondamentale comme un calcul mathématique avec les contenus sémantiques des descriptions de microétats.

(a) La fonctionnelle d'opacité

Entre 1979 et 1982 j'ai pu résoudre le problème suivant: établir une définition mathématique de la relation entre le concept d'entropie statistique défini par Boltzmann à l'intérieur de la physique, et le concept d'entropie "informationnelle" d'une loi de probabilité défini par Shannon. En effet il me paraissait impensable que la quasi parfaite similitude formelle entre deux concepts aussi différents dans leurs contenus sémantiques, puisse être une coïncidence.

La définition recherchée a d'abord été construite en détail dans (6). Elle a été en même temps résumée dans (5). Ensuite, elle a été reconstruite dans (en collaboration) d'une façon radicalement simplifiée mais qui est opaque des points de vue méthodologique et explicatif (7).

L'approche initiale (6) - extrêmement mathématique - possède encore une première apparence tout à fait classique. Mais en fait elle introduit déjà un certain aspect méthodologique inusuel, à savoir la stratification du processus de construction de l'expression recherchée. Or, bien qu'encore embryonnaire et implicite, cet aspect méthodologique est précisément ce qui a permis de dépasser les difficultés qui bloquaient l'accès à une relation formellement construite entre une entropie statistique au sens de Boltzmann et l'entropie "informationnelle" d'une loi de probabilité de Shannon.

(b) L'arbre de probabilités d'un microétat et l'aube de la méthode de conceptualisation relativisée

En 1984 est parue la toute première expression de ce que j'appelle maintenant la méthode générale de conceptualisation relativisée (MCR) (8). Cette présentation initiale était encore conçue en relation très intime avec l'organisation probabiliste spécifique du formalisme quantique, où je distinguais pour la première fois la structure probabiliste d'arbre de probabilité d'un microétat. Cette structure est différente de celle, classique, d'un espace de probabilité de Kolmogorov. Et, d'une façon encore nébuleuse, il apparaissait déjà que - malgré le fait qu'elle était en train de faire irruption dans l'explicite à la faveur de l'examen du cas particulier des descriptions quantiques de microétats - cette structure ne constituait peut-être qu'une instance particulière d'un trait universel des processus humains de conceptualisation.

Par la suite j'ai explicité séparément les conséquences que cette nouvelle structure probabiliste arborescente encryptée dans les algorithmes quantiques, entraîne pour - spécifiquement - les descriptions de microétats (9), et j'ai en outre mis cette structure en relation analysée avec des processus épistémologiques d'une part (10,11) et d'autre part avec la théorie classique des probabilités de Kolmogorov et avec la théorie de l'information de Shannon (13).

Mais d'autre part, simultanément, je commençais à élaborer aussi sur un plan général le concept d'arbre de probabilité d'une entité-objet-de-description absolument quelconque.

(c) La structure logique impliquée dans le formalisme quantique

Lorsqu'on examine les caractéristiques logiques de l'entier ensemble des "propositions" impliquées dans la mécanique quantique (les assertions quantiques qui peuvent s'avérer vraies ou fausses), il est difficile d'échapper à la conclusion que la structure algébrique de cet ensemble est intimement liée à la structure probabiliste arborescente des descriptions de microétats.

En outre, cette structure n'est pas un treillis, comme on l'affirme assez couramment. C'est une structure (1) stratifiée, et qui (2) n'admet pas une conjonction logique - dotée de signification factuelle - entre toutes deux propositions de l'ensemble des propositions quantiques (12).

La caractéristique (2) est probablement la plus profonde spécificité de ce qu'on appelle "la logique quantique". L'on y devine une instance particulière d'un trait universel qui marque l'unité génétique des conceptualisations probabiliste et logique, mais qui ne peut se manifester clairement que dans les fondements primordiaux - absolus - des processus humains de construction de connaissances [5] [6].

Le travail (12) contient donc la toute première indication - bien définie et entièrement construite pour le cas particulier des descriptions de microétats - d'une unité foncière entre la conceptualisation probabiliste et la conceptualisation logique. Dans la pensée classique cette séparation n'avait jamais pu être véritablement vaincue (pensons notamment aux essais de Reichenbach [7] et aux analyses de Jean-Blaise Grize [8])

(d) Le formalisme quantique comme un calcul mathématique avec les contenus sémantiques des descriptions de microétats

L'élucidation mentionnée ci-dessus (du moins selon mes propres standards) de la structure probabiliste et de la structure logique impliquées dans le formalisme quantique, et la relation de ces structures avec des caractères épistémologiques qui paraissaient être tout à fait généraux, permirent d'esquisser (en 1993) une présentation de la théorie quantique comme un calcul mathématique avec les contenus sémantiques des descriptions de microétats, réalisé à l'aide de vecteurs Hilbert (11). Ceci fut la première indication claire de la possibilité d'une épistémologie générale et formalisée - même formalisable en termes mathématiques - et qui en outre soit directement enracinée dans le réel physique et exprimée en harmonie avec la microphysique actuelle.

Cette indication a induit dans mes recherches une claire bifurcation, à partir de 1993.

D'une part je continuais de poursuivre le but de décoder l'organisation épistémologique-probabiliste-logique sous-jacente au formalisme de la mécanique quantique.

Mais d'autre part je poursuivais désormais résolument l'élaboration indépendante d'une méthode de conceptualisation générale et autosuffisante, enracinée dans le réel physique et fondée sur un type descriptionnel qui généralise celui des descriptions de microétats en en incorporant toute l'essence et celle-ci seulement. Désormais ce type descriptionnel était clairement reconnu comme étant primordial et universel.

Haut de page

La Méthode de Conceptualisation Relativisée (MCR) (15,16,17) [9]


Il apparaissait de plus en plus clairement que les descriptions quantiques de microétats ont les deux suivantes spécificités majeures.

Une fois que ceci a été remarqué, une analyse approfondie révèle que toute description naturelle implique les trois relativités mentionnées, mais plus ou moins radicalement (quelquefois d'une manière évanescente ou entièrement occultée par des caractères neurobiologiques "câblés" génétiquement), et que tout enchaînement de descriptions, si l'on descend jusqu'à ses tout premiers débuts, y révèle des enracinements directs dans du réel physique a-conceptuel via des descriptions du type qui généralise l'essence des descriptions quantiques.

J'ai donc développé la méthode de conceptualisation relativisée en la fondant sur l'exigence explicite des caractères mentionnés.

Ceci induit dans le volume du conceptualisé une structuration globale en forme d'un réseau de chaînes de descriptions relativisées de plus en plus complexes. Ici et là deux ou plusieurs chaînes se rencontrent dans un "nœud descriptionnel". Et chaque chaîne s'enracine dans du réel physique a-conceptuel via des descriptions du type qui synthétise l'essence des descriptions quantiques. J'ai dénommé les descriptions de ce type, des descriptions de base "transférées" (sur des enregistreurs d'appareils).

Il s'agit là d'un type descriptionnel qui est entièrement ignoré par la pensée et les langages usuels, de même que par la logique classique, les probabilités classiques et par l'entière science classique; notamment par l'entière physique macroscopique [10]

Les disciplines classiques sont exposées comme si la construction des descriptions qu'elles contiennent pouvait s'accomplir en utilisant quasi exclusivement du langage; du langage conçu comme une sorte de miroir qui formerait juste des images des entités et des faits dont il est question, qui, eux, préexisteraient (cf. l'indication bibliographique très importante de la note 5, d'un ouvrage célèbre de Wittgenstein). La grammaire et la logique classique tendent à occulter les opérations physiques qui interviennent radicalement dans la construction de certaines descriptions d'entités physiques, même dans la vie courante. Tandis que dans nombre de sciences de la nature - notamment en microphysique - les opérations physiques ont souvent un rôle tout simplement central dans la construction des descriptions.

Or MCR, par les descriptions de base transférées, pénètre en dessous de tout langage et implante explicitement les racines de la conceptualisation humaine directement dans le réel physique a-conceptuel, à l'aide d'opérations physiques-conceptuelles radicalement créatrices. En effet toute description de base transférée comporte par construction une opération physique qui agit dans du réel physique inconnu, encore jamais qualifié, et y crée entièrement une entité-objet-de-descriptions qui avant n'existait pas et qui émerge encore strictement non connue elle aussi. Cette entité-à-décrire est ensuite hissée sur le plancher du volume du conceptualisé, en la soumettant à des opérations de qualification primordiale, toute première, consistant en "interactions de mesure". Je dis "sur le plancher" parce que le résultat de ces "interactions de mesure" n'est qu'un amas de marques observables sur des enregistreurs d'appareils, dépourvu de toute structuration conceptuelle, dépourvu même de toute organisation d'espace et de temps. MCR explicite entièrement comment, une fois qu'un tel amas a été constitué, on peut lui associer une organisation probabiliste "primordiale" qui est vide de tout modèle du genre "objet" au sens classique, et - corrélativement - est elle aussi foncièrement dépourvue de toute structuration d'espace et de temps. MCR explicite ensuite comment, à partir de cette organisation probabiliste primordiale, on peut construire des modèles du type "objet" (au sens classique), à organisation d'espace-temps "causalisante". Et ensuite MCR montre comment ont peut continuer les processus de conceptualisation amorcés ainsi, en élaborant des chaînes indéfinies de descriptions - i.e. de "sens" - de plus en plus complexes, qui se combinent et constituent des systèmes de conceptualisation.

Dans MCR les processus de la conceptualisation sont représentés, et normés, depuis leur naissance est jusqu'à leur limite métaphysique.

En conséquence de l'explicitation du fait que toute chaîne descriptionnelle s'avère être enracinée dans le réel physique a-conceptuel via des descriptions de base transférées, la structuration MCR des processus de conceptualisation esquissée ci-dessus induit deux effets majeurs qui n'avaient pas été requis au départ, ni même prévus.

Mentionnons maintenant quelques caractéristiques globales de MCR.

C'est le but majeur de MCR, mais pas le but descriptionnel unique qu'elle peut loger dans son cadre. En effet, toujours par construction, MCR permet de développer dans son cadre des processus de conceptualisation qui soient optimisantes face à tout autre but descriptionnel, différent de son but majeur, à condition seulement que ce but soit bien défini et poursuivi explicitement. Car la liberté, pour l'observateur concepteur qui est l'œuvre, de choisir comme il veut, le long d'une chaîne de descriptions, la succession des entités-objet-de-description considérées et les grilles de qualification utilisées, permet d'orienter les buts descriptionnels locaux de manière à ce que les descriptions enchaînées servent tout but descriptionnel global que l'on désire réaliser.

Il en résulte que MCR est structurellement ouverte à l'incorporation des processus d'invention technique ou artistique.

Enfin, je mentionne les résultats suivants accomplis à ce jour dans le cadre de MCR.

Haut de page

L'Infra-[Mécanique Quantique] (IMQ)


Cependant même que la méthode générale de conceptualisation relativisée se constituait, la structure des racines de cette méthode, cachées dans les algorithmes mathématiques de la mécanique quantique, s'élucidait elle aussi progressivement, par des va-et-vient. Ce processus a finalement conduit à une représentation explicite et accomplie de l'entière stratégie cognitive encryptée dans le formalisme quantique, ainsi que de son résultat descriptionnel. J'ai dénommée cette représentation l'infra-[mécanique quantique] [12]((18),(19)).

L'infra-[mécanique quantique] se rattache à la fois à mes recherches de physique et à mes recherches épistémologiques:

L'infra-[mécanique quantique] est une description des microétats strictement qualitative qui a été construite en faisant table rase du formalisme mathématique de la mécanique quantique et en s'avançant, à partir de zéro, sur la base - exclusivement - des contraintes qu'un être humain qui veut engendrer des connaissances concernant des "microétats" inobservables, subit d'un côté de la part de la situation cognitive dans laquelle il se place et d'un autre côté de la part des exigences qu'imposent les modes humains généraux de conceptualiser.

Ceux qui connaissent le formalisme quantique pourront en reconnaître l'essence dans la forme descriptionnelle émergée à l'intérieur de l'infra-[mécanique quantique]. Mais ils y identifieront également des aspects que les algorithmes quantiques cachent et dont l'importance fondamentale saute aux yeux.

Dans ces conditions il semble d'emblée vraisemblable qu'un face-à-face entre l'infra-[mécanique quantique] et le formalisme mathématique de la mécanique quantique pourra aboutir à une élucidation simultanée et cohérente de l'ensemble des problèmes d'interprétation qui affligent ce formalisme depuis déjà un siècle [13]

Haut de page

Perspective


Ainsi les deux lignées séparées de mes recherches - l'une consacrée à la physique et l'autre épistémologique - qui depuis 1993 s'étaient installées par bifurcation, actuellement se rejoignent. Et la jonction induit un projet nouveau, celui d'accomplir une mathématisation de MCR dans des termes vectoriels, mais qui affaiblissent convenablement les contraintes du formalisme Hilbertien de la mécanique quantique, trop restrictives au niveau de généralité de MCR, tout en restreignant ce formalisme dans le fini, donc dans le discret, et en le rendant ainsi strictement effectif [14].

Ce projet, s'il se réalise, offrira une méthode générale et mathématisée de conceptualisation, protégée contre toute insertion de germes de faux problèmes et de paradoxes. Cette méthode mathématisée de conceptualisation incorporerait en particulier une mécanique quantique libérée de l'ensemble des problèmes d'interprétation et ayant le statut épistémologique d'un calcul mathématique avec les contenus sémantiques particuliers des descriptions de microétats.

Haut de page

Le Centre pour la Synthèse d'une Epistémologie Formalisée (CeSEF)
et
L'Association pour le développement de MCR (adMCR)


En 1994 bien avant de quitter mes fonctions de professeur à l'université de reims, j'ai pris l'initiative de fonder un Centre pour la Synthèse d'une épistémologie Formalisée (CeSEF). Le but poursuivi par ce Centre a été formulé dans un manifeste publié chez Gallimard, dans la revue Le Débat (21).

Le livre collectif Quantum Mechanics, Mathematics, Cognition and Action: Proposals for a Formalized Epistemology (22) rend compte de résultats et perspectives qui s'étaient formés au cours des travaux du CeSEF jusqu'à la date respective.

En 2009 a été constituée une Association pour le développement de MCR (adMCR).

L'un des buts de cette association est le développement explicite d'une Ingénierie Systèmes Relativisée (ISR) qui englobe explicitement dans MCR la représentation - normée selon MCR - de processus d'invention et de réalisation d'objets techniques [15].

Corrélativement devrait prendre forme une "systémique relativisée" au sens de MCR.

Haut de page

Un espoir et une déclaration de foi


Je prends la liberté d'exprimer l'espoir que plus tôt ou plus tard l'on pourra élaborer une connexion profonde et cohérente entre MCR et les approches pratiquées actuellement en psychologie, neurobiologie, dans les sciences cognitives, et dans les sciences informatiques. Si une telle jonction s'accomplissait, notre compréhension de nos modes de produire des connaissances, des techniques et des artefacts, ferait un grand bond en direction d'une unification universelle de la pensée humaine.

Cette dernière affirmation me conduit, pour clore, à une déclaration de foi.

J'ai la conviction qu'une unification de l'entière pensée humaine rationnelle - la physique inclue - est possible. Mais je suis également convaincue qu'elle n'est possible que par une voie purement méthodologique qui ne règle que le déroulement des processus de conceptualisation, pas les contenus de ces processus.

Notamment, toute voie d'unification qui tente de mélanger une représentation conçue initialement comme une réponse spécifique à telle ou telle situation cognitive et problème particuliers, avec des représentations qui impliquent d'autres sortes de situations cognitives et de problèmes, me paraît être vouée à l'échec.

De même, me paraît être vouée à l'échec toute tentative d'accomplir une unification dotée d'un degré non négligeable de généralité, mais qui serait conduite en état de cécité méthodologique.

Je pense que dans l'état présent de complexité des représentations humaines de domaines de la réalité (physique, psychologique, sociale) où la danse des points de vues, des situations cognitives, des opérations physiques ou abstraites, des outils qui sont impliqués, est devenue tellement diverse et sauvage, il devient finalement clair comme l'eau de roche que l'unique sorte concevable d'organisation universelle et d'une "unification" correspondante de la pensée, ne peut être que méthodologique. Je pense que cela crève désormais les yeux que lorsqu'on jongle à la fois avec des petitesses et des gigantismes des dimensions d'espace-temps dont on ne perçoit pas les bornes et avec des degrés d'abstraction ou de précision matérielle dont la frontière n'apparaît plus, et lorsque les réalisations techniques suivent de si près les constructions théoriques desquelles elles proviennent, des considérations fondées exclusivement sur tel ou tel aspect particulier ( quantité (le nombre de microsystèmes à considérer afin de définir le "passage" de la conceptualisation quantique à la conceptualisation classique), type d'outils et traitements mathématiques (comme dans le cas des théories des cordes), nature des entités impliquées (organiques ou inorganiques), etc.) ne peuvent même pas suffire pour des unifications locales si l'on désire qu'elles ne soient pas superficielles.

Seule une méthode de conceptualisation générale et appliquée communément, peut viser à organiser la pensée humaine d'une manière qui conduise à une unification qui soit universelle et profonde nonobstant la variété illimitée que nos interactions cognitives avec du "réel" induisent irrépressiblement dans nos représentations d' "entités réelles", et sans nullement violer cette variété.

Haut de page





[1] Un numéro entre parenthèses envoie à la publication portant le même numéro dans la liste des travaux indiqués sur ce site.

[2] Neumann, J., Von, Mathematical foundations of quantum mechanics, Princeton University Press, 1955.

[3] Dirac a défini les quantités dynamiques assignées à l' "état" d'un micro-système, comme ce qui évolue cependant que les caractéristiques du système impliqué - masse charge, spin - restent constantes.

[4] Wigner, E. P., in Perspectives in Quantum Theory, W. Yourgrau and A. van der Merwe, eds., MIT Press, 1971.

[5] Remarks on Logical Form, Aristotelian Society, 1929 (texte d'une conférence non prononcée).

[6] Cette question de la non-généralité d'une conjonction logique est vraiment très fondamentale (cf. un traitement explicite et détaillé dans (16) pp. 226-229 et (17) pp. 172-176 et 259-262). Ce traitement, dans les deux ouvrages cités, inclut une citation-clé extraite du travail de Wittgenstein cité ci-dessus, qui permet de comprendre que pour ceux qui n'ont pas longuement fréquenté les fondements de la mécanique quantique, la chance était quasi nulle d'atteindre la strate absolument primordiale de conceptualisation où l'unité génétique des conceptualisations logique et probabiliste peut être perçue, ainsi que la voie par laquelle cette unité s'accomplit.

[7] Reichenbach, H, Introduction à la logistique, Herman 1939.

[8] Grize, J-B, in Logique et connaissance scientifique, Encyclopédie de la Pléiade, pp. 135-288, Gallimard 1967.

[9] La méthode ce Conceptualisation relativisée a été exprimée publiquement dans chacune de ses phases. Ici nous ne mentionnons que les publications les plus récentes (2202 et 2006) qui sont aussi les plus complètes et élaborées.

[10] Pourtant l'on pratique souvent des variantes plus ou moins "parfaites" de description de base transférées, à tous les niveaux de la conceptualisation, macroscopique ou même cosmique, pas seulement au niveau microscopique où sont logées les descriptions quantiques de microétats. Les descriptions de ce type ignoré se révèlent être caractéristiques de toute collecte de données strictement premières concernant une entité réelle qui n'avait été qualifiée jamais avant, à l'aide de la grille de qualification considérée, et d'ailleurs même si l'entité considérée est de nature psychique.

[11] Dénommée aussi, faussement, théorie de l' "information", ce qui conduit à une série indéfinie de confusions.

[12] "Infra" est à lire "en dessous le formalisme mathématique de la mécanique quantique ou encrypté dans ce formalisme".

[13] Ce face-à-face est en cours d'élaboration (20). Il semble conduire à une re-formulation de la mécanique quantique où les modifications formelles - en tant que telles - sont minuscules, mais les changements induits par ces modifications formelles dans la sémantique associée au formalisme, sont radicaux et clarifiants.

[14] Une autre mathématisation, en termes de la théorie des catégories, a déjà été sommairement esquissée (cf. dans (16)) et elle paraît être éclairante sur le plan conceptuel. Mais pour des applications elle est nettement moins utilisable que pourrait l'être une mathématisation en termes de vecteurs Hilbert.

[15] L'ingénieur-systèmes Henri Boulouet de PSA Peugeot-Citroën élabore actuellement dans le cadre du Laboratoire CEDRIC du CNAM une thèse d'état ayant ce but.

chat gratuitchat gratuit sans inscriptionchat webcam gratuitchat webcama href="http://www.chatflirty.com/" title="rencontre" >rencontrerencontre gratuitchattchatstreaming filmstreaming megavideostreaming serie